De Darwin au Village des solutions

Histoire d’une rencontre du tiers-lieu et de la formation professionnelle

Lorsque j’ai rejoint l’Afpa il y a plus de 6 ans, ni Pascale d’Artois ni moi ne savions exactement ce qu’il allait advenir. Mais notre rencontre est d’abord celle de deux intuitions, le fruit d’un hasard.

Pascale savait que le monde de la formation, de l’emploi et de l’insertion professionnelle avaient besoin de plus de coopérations, plus de croisement entre les savoir-faire des uns et des autres pour répondre correctement, et en tout cas avec plus de pertinence et d’efficience aux besoins des personnes éloignées de l’emploi et rencontrant des précarités plurielles.

Bienvenue à Darwin, l’écosystème.

De mon côté, j’avais vécu et contribué directement à  l’émergence et au développement d’un écosystème local dans une ancienne caserne militaire, que certains qualifieraient par la suite de Tiers lieu, un des premiers en France de cette taille et surtout de cette ambition. C’est un des plus emblématiques que l’on venait voir avec curiosité, envie et parfois jalousie depuis la France entière (et bien même). Pour chacun des pionniers qui ont contribué à créer Darwin autour de Philippe Barre, je crois que Darwin nous a fait, nous a façonné plus que nous ne l’avons fondé.

 Je sentais toutefois qu’il y avait besoin de plus, que la bonne volonté et l’énergie à faire autrement l’utilité sociale, ne pouvait trouver son paroxysme sans une coopération renforcée et constructive avec les services publics. Et surtout que contrairement à l’idée en vogue à l’époque, notamment distillée par Plateau Urbain, la notion de « créativité liquide » qui rendait la communauté active autour d’un lieu plus forte que ce lieu, n’était à mon sens qu’un joli mot pour rassurer les promoteurs dans le modèle économique de l’urbanisme temporaire.

Si l’on croyait vraiment, comme c’était mon cas après six années dédiées à voir grandir Darwin, l’écosystème de la Caserne Niel, que nous étions en train de mettre en action, non un urbanisme transitoire, mais un urbanisme de transition, alors il fallait voir plus grand encore, et surtout imaginer des modèles économiques pérennes, capables de générer leur propre valeur économique et donc de dessiner une relative indépendance.

En savoir plus : le modèle économique de Darwin

Je n’avais alors aucune idée de comment ni où.

Je n’étais ni architecte, ni urbaniste. Je ne savais d’ailleurs pas bien définir à quoi ce métier correspond. Mais s’il s’agissait d’organiser la ville, dans ses modes de fonctionnement collectifs et dans ses agencements, alors il fallait creuser pour donner plus d’ampleur à la démarche.

Pascale d’Artois, histoire d’une rencontre

La rencontre avec Pascale, c’est le croisement de deux volontés compatibles et finalement complémentaires. L’insertion et la formation professionnelles d’un côté, les cultures urbaines et la transition écologique de l’autre, et à la croisée : l’inclusion sociale et la nécessité d’un modèle économique pérenne.

 Darwin, 2014, visite de remobilisation du FAFTT, un OPCO. Pour moi, c’est du chinois, mais je présente Darwin avec enthousiasme et autant de pédagogie que possible. Les échanges se poursuivent, les mondes se rencontrent. Et un an plus tard, Pascale est devenue directrice générale de l’Afpa et nous nous reparlons. Il faut à la fois stimuler des coopérations nouvelles et agencer des espaces partagés. L’idée des Villages est née. Je quitte Darwin après 6 années passionnantes, pour m’engager sur une voie totalement inconnue, à explorer et à imaginer

Octobre 2017 : Transformer l’Afpa par la stratégie Village

 Alors que je gérais des associations engagées qui gravitait autour d’un skate park, je deviens directeur de projet, sans autre titre, au sein du Comex d’une établissement public de plusieurs milliers de salariés. « Chef de Village » dit on en riant. Soit, allons-y pour chef de Village.

La rencontre s’est donc faite autour de la notion inexplorée pour les tiers lieux de « Parcours des usagers » , et de l’inconnue pour les organismes de formation de lieux de vie et de coopérations.

La vision était établie, il ne restait plus qu’à l’affiner, et à dessiner ce nouvel objet. Cette vision était le fruit d’années d’expériences dans des univers distincts. La destination était alors une évidence ce seraient les Afpa Village, qui plus tard évoluent vers « Villages de l’Afpa », pour s’arrêter en 2022 sur les « Villages des solutions » .

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